« Nous avons besoin d’une formation liturgique sérieuse et vitale » pape François, Lettre Desiderio Desideravi, n. 31
La lettre Desiderio Desideravi du pape François publiée à Rome le 29 juin 2022 en la fête des apôtres Pierre et Paul constitue un acte majeur de ce pontificat sur le plan de la liturgie 1. Certes elle semble porter sur une question spécifique, à savoir « la formation liturgique du Peuple de Dieu » mais en réalité, elle touche la question liturgique aujourd’hui, telle qu’elle se pose un peu plus de 50 ans après la réforme d’ensemble demandée par la Constitution Sacrosanctum Concilium du concile Vatican II (4 décembre 1963). Sans vouloir proposer un commentaire détaillé du texte, le but ici est d’introduire à sa lecture en manifestant quelques enjeux de ce document du magistère.
Il est utile aujourd’hui de rappeler que la liturgie a été longtemps réglée au niveau des Églises locales. Si le fond de la liturgie en Occident a connu une réelle unification durant la période carolingienne (VIIIe-IXe s.) – et ceci non à la demande du siège apostolique mais en raison d’une volonté d’uni- té politique de l’empire carolingien – les diocèses de France ont conservé leurs livres liturgiques propres jusqu’au XIXe s. Il faudra attendre 1866 par exemple, pour que le diocèse de Lyon adopte pour l’essentiel le Missel romain de 1570, tout en gardant cependant certaines particularités. Les différences entre les usages et traditions locales étaient réelles, même s’il ne faut pas les majorer.
C’est donc à partir de l’époque moderne et plus encore à partir du XIXe siècle grâce à la possibilité de communiquer rapidement, que la liturgie va connaître un régime où elle est réglée quasi uniquement par le siège romain.
De ce point de vue, les décisions prises à la suite du concile Vatican II, sont encore dans cette mouvance centralisatrice, même si, pour rééquilibrer l’approche, le concile ouvrait de larges possibilités d’adaptation aux situations locales. Jusqu’à nos jours toutefois, les institutions liturgiques de référence sont les livres édités à Rome, et que l’on désigne par la notion d’« édition typique » (editio typica). Cependant la possibilité d’utiliser les langues vernaculaires a été décisive pour retrouver un régime moins centralisé en ce qui concerne le cadre de la vie liturgique. Les conférences épiscopales ont sur ce point une réelle responsabilité que la lettre apostolique Magnum principium du 3 septembre 2017, un document précisant les normes en matière de traductions liturgiques, est venue renforcer.
Depuis la réforme demandée par le concile Vatican II, on assiste cependant à une sorte de flottement entre deux tendances. La première valorise le rôle du siège romain au service de l’unité de l’Église catholique : elle tend à insister sur le cadre normatif unificateur tout en limitant les initiatives locales. C’est dans ce sens par exemple qu’on peut situer certains textes disciplinaires comme l’Instruction Redemptionis sacramentum (23 avril 2004) « sur certaines choses à observer et à éviter concernant la très sainte Eucharistie » et également l’Instruction Liturgiam authenticam (28 mars 2001) réglant les principes et la procédure concernant les traductions liturgiques 2. L’autre tendance au contraire milite pour une décentralisation en ce domaine, décentralisation jugée nécessaire pour rejoindre la diversité des situations socio-culturelles. C’est le cas en particulier de l’instruction Varietates Legitimae sur l’inculturation de la liturgie (29 mars 1994) qui visait l’ins- cription concrète d’un vœu explicite du concile Vatican II, exprimé dans le décret conciliaire Ad gentes sur la mission de l’Église (AG 19) mais égale- ment comme un véritable principe dans la Constitution sur la liturgie :
Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, Liturgiam authenticam, Cinquième instruction pour la correcte application de la Constitution sur la Sainte Liturgie du concile Vatican II (Sacrosanctum Concilium, art. 36), 28 mars 2001 ; en privilégiant une stricte fidélité à l’édition latine du Missel romain, la publication en 2021 de la nouvelle traduction francophone du Missel romain est tributaire de la principes de Liturgiam authenticam, alors que la traduction de 1970 avait été établie sur d’autres bases.
L’Église, dans les domaines qui ne touchent pas la foi ou le bien de toute la com- munauté, ne désire pas, même dans la liturgie, imposer la forme rigide d’un libellé unique: bien au contraire, elle cultive les qualités et les dons des divers peuples et elle les développe ; tout ce qui, dans leurs mœurs, n’est pas indissolublement soli- daire de superstitions et d’erreurs, elle l’apprécie avec bienveillance et, si elle peut, elle en assure la parfaite conservation ; qui plus est, elle l’admet parfois dans la liturgie elle-même, pourvu que cela s’ harmonise avec les principes d’un véritable et authentique esprit liturgique.
— SC 37
C’est cette ligne qu’on peut situer les multiples recherches effectuées en Asie ou en Afrique, mais aussi, d’une autre manière dans les pays européens ou américains, en vue d’adapter la liturgie, processus que l’on désigne à partir de la notion d’« inculturation ».
Sous la pression des innovations technologiques (numérique et intelligence artificielle notamment) mais aussi celle des graves menaces provoquées par le dérèglement climatique ainsi que par les affrontements entre les puissances de ce monde, on assiste à des évolutions accélérées du monde contemporain, au point que certains parlent de changement de civilisation. Dans ce contexte, Desiderio desideravi déplace le débat entre centralisation et décentralisation pour le situer d’une part sur la formation et d’autre part sur une double question à laquelle le pape attache beaucoup d’importance.
D’un côté, le pape s’interroge en effet sur la capacité de l’homme moderne à entrer dans une démarche symbolique et donc dans l’univers relationnel qui fonde la liturgie chrétienne. La publication le 17 juillet 2024 d’une lettre « sur le rôle de la littérature dans la formation », constitue à ce titre un geste très fort par lequel François exprime son souci au sujet de la « capacité symbolique » de l’homme contemporain 3. La question est donc de savoir si, et si oui comment, la vie liturgique peut aujourd’hui offrir un chemin de rencontre avec Dieu.
De l’autre côté, le pape dénonce sans relâche deux tendances profondes qu’il qualifie de « venin de la mondanité spirituelle » : le « néo-pélagianisme » qui tend à mettre l’accent sur l’œuvre de l’homme au risque de transformer la liturgie en performance rituelle et le « néo-gnosticisme » qui tend à réduire la liturgie à un savoir destiné à une élite. Sur ce second point spécialement, le pape apporte à l’Église les réflexes du monde latino-américain qui prend au sérieux les ressources de la piété populaire. Il n’a pas hésité à accorder aux manifestations de cette piété populaire une grande valeur pour la foi comme cela s’inscrit dans le rapport final de la conférence d’Aparecida de 2007, un document dont on sait que le rédacteur principal était le cardinal Bergoglio, alors archevêque de Buenos Aires :
Dans la piété populaire, se trouve et s’exprime un intense sentiment de la transcendance, une capacité spontanée de s’appuyer sur Dieu et une véritable expérience de l’amour théologal. C’est aussi une expression de sagesse surnaturelle, puisque la sagesse de l’amour ne dépend pas directement de la connaissance intellectuelle mais bien de l’action interne de la grâce. C’est pour cela que nous l’appelons spiritualité populaire. C'est-à-dire, une spiritualité chrétienne qui, étant une rencontre personnelle avec le Seigneur, intègre beaucoup le charnel, le sensible, le symbolique et les nécessités très concrètes des personnes. C’est une spiritualité incarnée dans la culture des gens simples qui, pour autant, n’en est pas moins spirituelle sinon qu’elle l’est d’une manière différente 4.
Cette mise en perspective dicte la démarche de cet article. Dans un premier temps, pour percevoir vraiment la portée de Desiderio desideravi, il est nécessaire de situer la lettre dans l’ensemble des interventions du magistère romain sur la liturgie depuis le début du XXe siècle. Dans un second temps, il s’agira de considérer le point focal du texte pontifical à savoir un appel pressant à une formation « sérieuse et vitale ». Car il faut d’emblée préciser qu’aux yeux du pape, la formation liturgique qu’il entend promouvoir, a pour but premier non de faire des sachants voire des savants en liturgie, mais de prêter attention à ce que la liturgie donne à vivre. Il s’agit de former l’être intérieur par et dans la célébration, ce qui accorde le primat à l’expérience.
La liturgie : une préoccupation constante du magistère de l’Église
Il faut replacer la lettre Desiderio DesIDeRavI dans le sillage d’une série de documents du magistère qui sont liées en profondeur à la conscience d’une nécessaire réforme des institutions liturgiques héritées d’une lente évolution au cours du temps.
À partir du XVIIe s., mais surtout au XIXe et au début du XXe siècles, la science historique va investir le champ de la liturgie. Ces travaux ont alors largement montré que les usages reçus avaient une histoire, et que les institutions avaient beaucoup, et parfois même radicalement, évolué au cours du temps. Ce qui était une évidence à telle époque, par exemple la communion des fidèles dans la célébration à l’époque patristique, était devenu une exception à certains moments. La langue latine qui était devenue dominante dans la liturgie depuis le IVe siècle, notamment de sorte que le peuple comprenne les Écritures proclamées, a progressivement été conçue comme une langue sacrée qui préservait les Écritures d’interprétations erronées. On pourrait multiplier les exemples (aussi bien sur les vêtements liturgiques que sur le rôle des différents ministères, sur la disposition des églises aussi bien que sur le chant ecclésiastique) manifestant des évolutions tant sur les formes liturgiques que sur leurs compréhensions. Sur ces bases, on ne peut plus parler, du point de vue historique, de continuité formelle entre la cène de Jésus, celle de saint Augustin et la messe aujourd’hui (« la messe de toujours »), que ce soit celle de saint Paul VI ou celle de saint Pie V.
Cette conscience de l’histoire de la liturgie, qui fait souvent défaut aujourd’hui, a invité fortement à reconsidérer la pertinence des héritages reçus pour une vie liturgique féconde. Déjà au début du XXe siècle, Pie X exprimait cette nécessité dans un motu proprio publié en 1913, en n’hésitant pas à parler de la nécessité de « nettoyer » « la crasse » qui s’était déposée sur l’édifice liturgique hérité du passé 5. Et c’est dans cette même ligne, avec la volonté de retrouver des célébrations pascales conformes à la tradition ancienne, qu’entre 1951 et 1956, le pape Pie XII avait quant à lui, décidé une grande réforme de la Semaine sainte. Il s’agissait alors d’un pas décisif pour penser un renouveau liturgique qui s’appuyait sur les études historiques mettant en lumière les institutions liturgiques de l’Église du premier millénaire 6.
Mais bien sûr, la dynamique du concile Vatican II – et en particulier la volonté d’aggiornamento exprimée maintes fois par Jean XXIII – allait emporter un grand projet de réforme qui sera réalisé dans les années après le concile. Avec une très large connaissance des sources qui bénéficiait d’un siècle de recherches menées par des érudits, l’œuvre de réforme va suivre un double principe : un « ressourcement en tradition » par un retour à des pra- tiques anciennes oubliées (prière des fidèles par exemple) et ouverture à des innovations en fonction des besoins de notre temps (par exemple, usage des langues vernaculaires). De ce point de vue, bien des « nouveautés » du Missel de 1970, se sont inspirées et ont été justifiées par des usages plus an- ciens et qui étaient souvent inspirés des pratiques de l’Antiquité chrétienne. Ce projet de réforme va bénéficier de l’attention constante et vigilante, mais aussi de l’appui et même d’un engagement direct de Paul VI. Face à des critiques qui s’étaient déjà manifestées depuis le début de 1969, dans une catéchèse du 19 novembre 1969, prononcée peu avant la mise en œuvre du nouveau Missel romain, il pouvait affirmer en effet :
[…] la réforme qui va entrer en vigueur correspond à un mandat autorisé de l’Église. C'est un acte d'obéissance ; c’est un acte de cohérence de l’Église avec elle- même; c’est un pas en avant de sa tradition authentique ; c’est une preuve de fidélité et de vitalité à laquelle nous devons tous adhérer avec empressement. Elle n’est pas arbitraire. Elle n’est pas une expérience caduque et facultative. Elle n’est pas l’improvisation d’un amateur. C’est une loi pensée par les spécialistes autorisés de la sainte Liturgie, longtemps discutée et étudiée ; nous devons l’accueillir avec un intérêt joyeux et l’appliquer avec une observance ponctuelle et unanime. […] L’ harmonie de prière dans l’Église est un des signes et une des forces de son unité et de sa catholicité. Le changement qui va se produire ne doit ni briser ni déranger cette harmonie; il doit la confirmer et la faire résonner dans un esprit nouveau, un souffle de jeunesse 7.
- Sur ce grand chantier se sont illustrés un grand nombre de spécialistes notamment J.-A. Jungmann, sj., B. Botte, osb, P.-M. Gy, op, Mgr A. G. Martimort.
- Dans sa version francophone, ce texte essentiel de Paul VI sur la réforme liturgique ne figure pas sur le site du Vatican; il est accessible en ligne sur le site
Dans une lettre apostolique datée du 4 décembre 1988, et publiée à l’occasion du 25e anniversaire de la Constitution conciliaire, le pape Jean-Paul II a, de son côté, salué cette œuvre comme le fruit d’un « travail considérable et désintéressé d’un grand nombre d’experts et de pasteurs de toutes les parties du monde » et surtout comme une opération « strictement traditionnelle 8 ».
Or en dépit de ces affirmations, le refus de la révision générale demandée par Vatican II, et pour l’essentiel, réalisée sous l’autorité du pape Paul VI, demeure, on le sait, très actuel. Le débat est sans cesse relancé sans qu’on n’en voie une issue possible. Il n’est pas dans le propos ici de reprendre cette histoire fort complexe qui va de la publication au printemps 1969 (avant même celle du Missel de 1970), du Bref examen critique du nouvel Ordo Missae 9, jusqu’au motu proprio Traditionis custodes du 16 juillet 2021.
Par ce texte, le pape François a mis un terme au régime instauré depuis 2007 à travers le motu proprio Summorum pontificum (7 juillet 2007). Benoît XVI avait en effet voulu résoudre l’opposition à la réforme par l’instauration d’un double régime en matière de liturgie : la « forme ordinaire » selon les livres liturgiques révisés, et la « forme extraordinaire » selon les livres liturgiques antérieurs à la réforme. Les approximations de langage en ce domaine de- meurent fréquentes au risque de multiplier des débats mal posés car on ne parle pas correctement.
Parler de « rite tridentin», de « rite traditionnel » ou parfois de « rite extraordinaire» pour désigner les célébrations selon les livres liturgiques antérieurs à la réforme demandée par Vatican II est contraire à ce qu’a exprimé explicitement Benoît XVI dans la lettre adressée aux évêques accompagnant le motu proprio Summorum Pontificum. Car tout en autorisant largement l’usage des livres liturgiques antérieurs à la réforme, il précisait : « Il n’est pas convenable de parler de ces deux versions du Missel romain comme s’il s’agissait de ‘‘ deux Rites’’. Il s’agit plutôt d’un double usage de l’unique et même Rite. » Plus encore, c’est à la forme « ordinaire » que revenait la première place : « le Missel, publié par Paul VI et réédité ensuite à deux reprises par Jean-Paul II, est et demeure évidemment la forme normale […] de la liturgie eucharistique », ce qui interdit alors sa possible dépréciation : « Évidemment, pour vivre la pleine communion, les prêtres des communautés qui adhèrent à l’usage ancien ne peuvent pas non plus, par principe, exclure la célébration selon les nouveaux livres. L’exclusion totale du nouveau rite ne serait pas cohérente avec la reconnaissance de sa valeur et de sa sainteté. »
Le pape François après avoir consulté les évêques, consultation que Benoît XVI lui-même avait prévue, a mis fin à ce régime en affirmant dans l’article 1er de Traditionis custodes : « Les livres liturgiques promulgués par les saints Pontifes Paul VI et Jean-Paul II, conformément aux décrets du concile Vatican II, sont la seule expression de la lex orandi du Rite romain. » En France et aux USA notamment, cette décision a suscité de fortes réactions dans les milieux qui avaient reçu la décision de Benoît XVI comme une reconnaissance de la légitimité de leur option. On peut dire que le débat reste vif au risque de la division. Et en tant que gardien de l’unité de l’Église, le pape explique à nouveau les raisons profondes de sa décision :
Par cette lettre, je voudrais simplement inviter toute l’Église à redécouvrir, à sauvegarder et à vivre la vérité et la force de la célébration chrétienne. Je voudrais que la beauté de la célébration chrétienne et ses conséquences nécessaires dans la vie de l’Église ne soient pas défigurées par une compréhension superficielle et réduc- trice de sa valeur ou, pire encore, par son instrumentalisation au service d’une vision idéologique, quelle qu’elle soit. La prière sacerdotale de Jésus à la dernière Cène pour que tous soient un (Jn 17:21), juge toutes nos divisions autour du Pain rompu, sacrement de piété, signe d’unité, lien de charité (n. 16).
En définitive, de la réception complexe de la réforme de Vatican II, son refus ou sa mauvaise interprétation, le pape synthétise en une phrase les conséquences pour la vie de l’Église : « La non-acceptation de la réforme, ainsi qu’une compréhension superficielle de celle-ci, nous détournent de la tâche de trou- ver les réponses à la question que je répète : comment pouvons-nous grandir dans la capacité de vivre pleinement l’action liturgique ? » (n. 31). C’est pour remédier à ces blocages dont les pasteurs comme les fidèles connaissent bien la réalité, que le pape propose deux pistes : prêter vraiment attention à la liturgie et susciter une formation « sérieuse et vitale ». On peut espérer que dans la durée, ces propositions fassent leur chemin pour surmonter la blessure de l’Église au sujet de sa vie liturgique.
Prêter attention à la liturgie
La première des deux pistes consiste plus précisément à chercher « comment continuer à nous laisser surprendre par ce qui se passe dans la célébration sous nos yeux ? » (n. 31). C’est donc une invitation à l’attention. Dans un monde qui ramène sans cesse à la superficie, qui capte continuellement les sens de multiples manières, l’attention à la liturgie (non seulement les textes mais aussi les symboles, les gestes et attitudes, l’espace et les sons) est devenue fragile. Les multiples débats et même les conflits sur les chants ou les gestes sont le symptôme d’une difficulté à entrer vraiment en liturgie, à y entrer en profondeur comme le lieu où se réalise la rencontre avec le mystère d’un Dieu qui vient à l’homme pour le sauver.
Cette requête d’une attention à l’action liturgique comme action totale, a pour fondement l’idée que la liturgie est toujours nouvelle. En elle, la répétition des mots, des textes, des gestes est au service de cette nouveauté. Ceci n’est pas aisé à percevoir dans un monde où la course à la dernière innovation est continuellement relancée. Mais à celui ou celle qui consent à entrer dans cette apparente répétition en liturgie, la profondeur des textes et des actions devient vite une évidence. Ceci est particulièrement vrai pour la prière des psaumes, et donc pour la liturgie des Heures. On répète sans cesse les mêmes mots et pourtant leur nouveauté advient dans la dispo- nibilité à les accueillir comme une parole adressée et comme le signe du grand dialogue entre Dieu et l’humanité. Car c’est l’Esprit de Dieu dont la liturgie est fondamentalement l’expérience qui fait toutes choses nouvelles.
S’émerveiller de la beauté du mystère pascal
Le pape François développe alors cette piste de l’attention à l’action liturgique en invitant à l’émerveillement :
L’ émerveillement est une partie essentielle de l’acte liturgique car c’est l’attitude de ceux qui se savent confrontés à la particularité des gestes symboliques ; c’est l’émerveillement de celui qui fait l’expérience de la puissance du symbole, qui ne consiste pas à se référer à un concept abstrait mais à contenir et à exprimer dans sa concrétude même ce qu’il signifie (n. 26).
Cet émerveillement n’est pas centré sur l’approche esthétique de la liturgie si souvent mise en avant sous la forme d’un désir de « belle liturgie ». La liturgie chrétienne est belle en tant qu’elle renvoie au mystère du Christ, ce Christ crucifié que la liturgie du Vendredi saint célèbre dans un répons inspiré du livre d’Isaïe (Es 53:2) : « Sans beauté, sans éclat, nous l’avons vu; Il n’avait plus aucune apparence : c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé 10. »
Les célébrations des premiers chrétiens, qui associaient la mémoire du Seigneur crucifié et ressuscité au partage du repas comme on le voit dans la Première lettre aux Corinthiens (cf. 1 Co 11:17-30 où Paul critique vivement les déviances) étaient sans doute très éloignées des formes rituelles passées ou actuelles. La beauté de la liturgie ne fait pas forcément bon ménage avec la profusion des moyens mis en œuvre. Ce déploiement de moyens, fréquent dans les grands rassemblements, risque en fait d’aligner les célébrations sur les modes d’une société du spectacle. Dans cette ligne le pape François dénonce les deux excès qui empêchent la beauté en liturgie d’accé- der à la vérité :
La redécouverte continuelle de la beauté de la liturgie n’est pas la poursuite d’un esthétisme rituel qui ne prend plaisir qu’ à soigner la formalité extérieure d’un rite ou se satisfait d’une scrupuleuse observance des rubriques. Il va de soi que cette affirmation ne vise nullement à approuver l’attitude opposée qui confond la simplicité avec une banalité débraillée, l’essentialité avec une superficialité ignorante, ou le caractère concret de l’action rituelle avec un fonctionnalisme pratique exaspérant (n. 22).
Pour le pape, il s’agit donc de s’émerveiller devant la beauté de l’Incarnation du Verbe, et celle du mystère pascal, le mystère de la mort, de la résur- rection et de la glorification du Seigneur Jésus, le mystère qui sauve toute l’humanité :
Si notre émerveillement pour le mystère pascal rendu présent dans le caractère concret des signes sacramentels venait à manquer, nous risquerions vraiment d’ être imperméables à l’océan de grâce qui inonde chaque célébration. Les efforts, certes louables, pour améliorer la qualité de la célébration ne suffisent pas, pas plus que l’appel à une plus grande intériorité : même cette dernière court le risque d’ être réduite à une subjectivité vide si elle n’accueille pas la révélation du mystère chrétien. La rencontre avec Dieu n’est pas le fruit d’une recherche intérieure individuelle, mais un événement donné: nous pouvons rencontrer Dieu à travers le fait nouveau de l’Incarnation qui, dans la dernière Cène, va jusqu’ à désirer être mangé par nous. Comment la disgrâce de perdre la fascination de la beauté de ce don pourrait-elle nous arriver ? (n. 24)
Une formation « sérieuse » et « vitale »
La seconde piste est celle de la formation : « Nous avoNs besoIN d’une formation liturgique sérieuse et vitale » (n. 31). Et dans cette phrase, il faut souligner les adjectifs qui viennent qualifier ce projet de formation.
« Sérieux » s’oppose au dilettantisme si fréquent dans une société du zapping. La formation liturgique requiert un effort appuyé sur des travaux de qualité. Elle est aux antipodes des slogans et des idées aussi subjectives que non fondées. Sur ce plan, il faut souligner l’importance des publications 11 et des revues 12 en ce domaine : bien des outils sont ignorés et en premier lieu les documents fondamentaux que sont les préliminaires des livres liturgiques (Présentation générale du Missel romain en particulier).
Certes les options des auteurs sont diverses et même parfois opposées. Et cette diversité d’opinions n’est pas récente car depuis la modernité, la liturgie est un lieu de débat permanent. Pour se limiter à la France, il suffit d’évoquer les conflits du XVIIe et du XVIIIe s. à propos de la révision des livres liturgiques diocésains ou encore ceux du XIXe autour de l’adoption des livres romains 13. Devant un véritable maquis d’options, se former en liturgie requiert donc d’acquérir des boussoles pour se repérer afin de ne pas rester prisonnier de la confusion des opinions. En même temps, une forma- tion sérieuse implique d’exercer à plusieurs un vrai discernement.
Par l’adjectif « vital », la Lettre apporte une qualification précieuse à la formation liturgique et sur ce point, on peut parler d’une marque spécifique du pape François. C’est en effet dans la lettre apostolique Gaudete et exsultate, publiée le 19 mars 2018 qu’il a développé un véritable traité de vie spirituelle pour notre temps. Dans ce document de grande portée pour la relation entre liturgie et vie spirituelle, le pape François refuse en effet de traiter la spiritualité comme une chose à part de la vie (tout court). Il développe au contraire un propos reposant sur l’unité profonde entre les Saintes Écritures, la théologie, la liturgie, la morale et la vie spirituelle. La question est clairement décisive aujourd’hui à l’heure des révélations concernant des abus (non seulement sexuels, mais aussi de conscience et de pouvoir).
Ses propos invitent à ne pas enfermer la liturgie dans une quête de performance rituelle mais de la garder ouverte sur la mission et la vie de charité. Comme la tradition de l’Église l’enseigne en effet, on ne peut séparer les trois grands piliers de la vie chrétienne : la martyria (l’annonce de l’Évangile et le témoignage), la diakonia (le service et notamment celui des pauvres et des petits), et la leiturgeia, le culte rendu à Dieu mais aussi et d’abord, l’action où se renouvelle sans cesse l’alliance avec Dieu dont le baptême, les sacrements de l’Initiation chrétienne sont le fondement14. Dans un monde qui tend à exalter les capacités humaines et à considérer la liturgie comme production d’effets à caractère sacré, la liturgie peut devenir une évasion, si elle n’est pas reliée, et même vérifiée, par l’Évangile du Christ mort, ressuscité et glorifié. Et c’est pour cette raison d’ailleurs que la vie liturgique est une nécessité : elle offre le chemin de l’Esprit en nous sans lequel le témoignage se perd en propagande et la charité en activisme 15.
Pour le pape François, parler de « formation vitale », c’est en réalité viser une expérience spirituelle dans la liturgie. Dire que nous sommes formés « par la liturgie » signifie en effet que nous sommes appelés à nous laisser toucher en profondeur par l’action. Celle-ci n’est pas une prestation que nous avons à évaluer de l’extérieur comme on évalue un spectacle, mais un chemin de conversion au Dieu de Jésus-Christ.
Sur cette base, on peut comprendre que l’un des axes majeurs de sa réflexion sur la « question décisive de la formation » repose sur la prise en compte de deux aspects. Tout en se référant au grand théologien allemand Romano Guardini, dont l’ouvrage L’esprit de la liturgie publié en 1918, demeure un livre fondamental pour aujourd’hui 16, Desiderio desideravi distingue la formation « pour» la liturgie (on peut dire aussi formation « à » : il s’agit alors d’apprendre à connaître la liturgie) et la formation « par» la liturgie (se lais- ser former par la vie liturgique elle-même). Et le pape précise que si la première, à savoir la formation « pour », est « fonctionnelle », la seconde, quant à elle est à ses yeux « essentielle » (n. 34).
C’est, insiste le pape, la liturgie qui forme les fidèles, qui forme en eux l’être chrétien. Il conviendrait sans doute de développer cet aspect tant il risque d’être effacé aujourd’hui. La priorité accordée à une recherche d’ambiance et de participation pensée à partir d’un souci premier de « faire quelque chose », conduit en effet à faire passer au second plan cet aspect que le pape qualifie d’essentiel. Les fidèles sont « faits chrétiens » par la liturgie elle-même. Cette réalité se manifeste avant tout dans les sacrements de l’Initiation chrétienne comme le renouveau du catéchuménat des adultes peut aider à le comprendre. Mais on peut dire que c’est en disant ensemble « Notre Père » que les fidèles s’incorporent au Fils de Dieu qui prie le Père des cieux. C’est en disant ensemble « Je crois » que les fidèles deviennent des confesseurs de la foi devant et pour le monde. C’est à l’invitation du prêtre qui préside la célébration eucharistique, et en acclamant « le mystère de la foi » (chant de l’anamnèse) que les fidèles confessent la gloire du ressuscité. C’est encore, comme le soulignait saint Augustin dans un sermon célèbre, en répondant « amen » lors de la communion qu’ils ratifient leur vocation de membres du corps du Christ.
Les conséquences d’une telle prise de conscience pourraient être nombreuses. Mais parce que la liturgie forme les chrétiens, elle requiert attention et respect, et surtout une juste distance qui refuse de l’instrumentaliser au service d’une cause, fût-ce une cause tout à fait légitime. Les critères avec lesquels on juge habituellement l’expérience liturgique sont largement subjectifs : le caractère « joyeux » de l’ambiance, la « beauté» des chants, ou encore la « qualité » des paroles. De plus, la propension à évaluer les célébrations en fonction du nombre de participants, un aspect que l’on ne peut certes pas oublier, risque de faire confondre réussite humaine et pertinence évangélique. Et surtout, on oublie le plus souvent qu’il s’agit d’une expérience collective et que ce qui est vrai pour tel participant ne l’est pas pour d’autres. Il est donc très difficile d’évaluer une célébration. Plus encore, on oublie qu’en définitive, c’est la Parole de Dieu que la liturgie fait retentir (et ceci de multiples manières, y compris dans les oraisons, la prière eucharistique ou les chants) et c’est cette Parole qui forme l’être chrétien.
Conclusion
Dans cet article, la grande richesse de ce document pontifical n’est certes pas abordée dans tous ses aspects Mais on peut espérer que ces réflexions invitent à lire et méditer un texte qui non seulement peut modifier des approches trop enfermées par les polémiques, mais qui peut surtout inciter fortement à la mise en œuvre d’un grand chantier en vue de la formation de tous, et ceci d’abord dans les paroisses en s’appuyant sur les ressources des services diocésains.
Car à travers ce texte, la visée profonde du pape François est de rappeler à l’Église que la formation liturgique est pour tous les baptisés et pas seulement pour certaines catégories (notamment les prêtres ou les religieux) censés être des spécialistes. Un tel propos sur la formation rejoint en pro- fondeur sa vive critique à l’égard de la tendance néo-gnostique du monde contemporain qui pense « sans Dieu et sans chair», et qui, dès lors, tombe si souvent dans l’idolâtrie :
Grâce à Dieu, tout au long de l’ histoire de l’Église, il a toujours été très clair que la perfection des personnes se mesure par leur degré de charité et non par la quantité des données et des connaissances qu’elles accumulent. Les « gnostiques » font une confusion sur ce point et jugent les autres par leur capacité à comprendre la profondeur de certaines doctrines. Ils conçoivent un esprit sans incarnation, incapable de toucher la chair souffrante du Christ dans les autres, corseté dans une encyclopédie d’abstractions. En désincarnant le mystère, ils préfèrent finalement « un Dieu sans Christ, un Christ sans Église, une Église sans peuple ».
— Gaudete et exsultate, n. 37
En définitive, l’invitation à conjuguer inséparablement formation « pour » et formation « par» la liturgie manifeste combien l’attention (et non le juge- ment) devrait être l’attitude première à cultiver. Mais il s’agit de se rendre attentif à un mystère invisible qui se donne à percevoir à travers des signes visibles. Dans un monde de l’hyper-communication (où cependant la relation vraie est si fragile et même si difficile) ceci invite donc à se tenir à l’écart des volontés de mettre la main sur la liturgie en vue de transmettre un message, de susciter une adhésion ou de cultiver des convictions. Car il s’agit avant tout de communier à cette vie divine qui nous est communiquée par la célébration des mystères.
- Pape François, Lettre apostolique Desiderio Desideravi, 29 juin 2022 ; nous utilisons la version en ligne disponible sur le site du Vatican.
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Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, Instruction Redemptionis Sacramentum sur certaines choses à observer et à éviter concernant la très sainte Eucharistie, 23 avril 2004 ; Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, Liturgiam authenticam, Cinquième instruction pour la correcte application de la Constitution sur la Sainte Liturgie du concile Vatican II (Sacrosanctum Concilium, art. 36), 28 mars 2001 ; en privilégiant une stricte fidélité à l’édition latine du Missel romain, la publication en 2021 de la nouvelle traduction francophone du Missel romain est tributaire de la principes de Liturgiam authenticam, alors que la traduction de 1970 avait été établie sur d’autres bases.
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Pape François, Lettre sur le rôle de la littérature dans la formation, 17 juillet 2024 : ce texte constitue à nos yeux le pendant et le complément de la lettre Desiderio desideravi ; bien loin de se limiter à un propos sur la formation des futurs prêtres, il s’agit d’une réflexion fondamentale sur la culture contemporaine ; à propos de ce texte, voir William Marx, professeur au Collège de France : « Les paroles du pape François sur la littérature, qui vont contre la tradition de censure de l’Église, sont révolutionnaires », tribune, in Le Monde, 23 août 2024.
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Document Aparecida, mai 2007, n. 263, en ligne sur le site du CELAM.
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Pie X, Motu proprio Abhinc duos annos, 23 octobre 1913, AAS, n. 5, 1913, p. 449-451 : « Il faudra un grand nombre d’années avant que cette sorte d’édifice liturgique, composé avec un soin intelligent par l’Épouse du Christ pour exprimer sa piété et sa foi, apparaisse nettoyé de la crasse du temps, de nouveau resplendissant de dignité et de belle ordonnance » ; Pie X a d’ailleurs lui-même engagé une importante réforme du bréviaire : cf. Constitution apostolique Divino afflatu sur la nouvelle disposition du Psautier dans le Bréviaire romain, 1er novembre 1911.
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Sur ce grand chantier se sont illustrés un grand nombre de spécialistes notamment J.-A. Jungmann, sj., B. Botte, osb, P.-M. Gy, op, Mgr A. G. Martimort.
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Dans sa version francophone, ce texte essentiel de Paul VI sur la réforme liturgique ne figure pas sur le site du Vatican ; il est accessible en ligne sur le site de Nicolas Senèze (La Croix) : « La crise intégriste », https://lacriseintegriste. typepad.fr/weblog/1969/11/audience-générale-de-paul-vi.html (consulté le 7 septembre 2024).
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Jean-Paul II, Lettre apostolique Vicesimus quintus annus pour le 25e anniversaire de la Constitution conciliaire sur la liturgie, 4 décembre 1988, n. 4.
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Ce document adressé au pape Paul VI sous le nom des cardinaux Ottaviani et Bacci demeure le socle fondamental de la contestation des institutions liturgiques issues du concile Vatican II. Il énonce : « le Novus Ordo Missæ, […] s’éloigne de façon impressionnante, dans l’ensemble comme dans le détail, de la théologie catholique de la sainte Messe, telle qu’elle a été formulée à la XXe session du concile de Trente, lequel, en fixant définitivement les ‘‘canons’’ du rite, éleva une barrière infranchissable contre toute hérésie qui pourrait porter atteinte à l’intégrité du Mystère. »
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« Sans beauté, sans éclat », HX121/HLH121, abbaye de Belloc, Musique Urteaga, Sodec.
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Voir notamment les collections « Célébrer » du Service national de la pastorale liturgique et sacramentelle (SNPLS, Conférence des évêques de France, éditeur : Desclée/Mame), « Guides célébrer » (éditions du Cerf).
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Parmi d’autres, en France ou à l’étranger, on peut citer notamment la revue La Maison-Dieu (fondée en 1945, éditions du Cerf) ; d’autres revues destinées à un large public et diffusant les textes liturgiques, apportent aussi des éléments de formation : c’est le cas par exemple Magnificat (Mame) ou Prions en Église (Bayard) ; de même le site liturgie.catholique.fr (SNPLS) comporte de multiples ressources tandis que l’association Sacrosanctum Concilium a développé un site intitulé ressources liturgiques, où l’on trouve en particulier beaucoup d’articles anciens de la revue La Maison-Dieu.
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Sur ce dossier qui fut l’occasion de grandes polémiques et dont le protagoniste principal fut Dom Guéranger (1805-1875) abbé de Solesmes, cf. Vincent Petit, Église et nation, La question liturgique en France au xixe siècle, « Collection Histoire », Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2010.
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Cf. Conférence des évêques de France, Lettre aux Catholiques de France sur la proposition de la foi, 1996, coll. « Documents d’Église », Cerf, Paris, 1997 : dans sa troisième partie, ce texte déjà ancien mais qui demeure de grand intérêt pour éclairer la situation actuelle, est structuré par la triade tout en plaçant la liturgie comme premier lieu de la proposition de la foi.
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Cf. Ibid., p. 91 : « L’Église est détentrice d’un message qu’elle a mission d’annoncer (marturia). Elle a aussi pour mission de servir la vie des hommes (diaconia). Il n’en reste pas moins vrai que cette transmission du message et ce service de l’humanité culminent dans la célébration liturgique (leitourgeia), au cours de laquelle la communauté reçoit la Parole de son Seigneur et prie pour le salut du monde. C’est la raison pour laquelle nous invitons à prendre en compte en premier lieu cette dimension liturgique et sacramentelle de la vie de l’Église. Nous n’avons aucunement l’intention de remettre en cause les dimensions de confession et de service qui avaient besoin d’être revalorisées pour que la vie de l’Église ne soit pas réduite au “culte”. Mais, si la célébration sacramentelle est véritablement le lieu dont tout part et où tout est appelé à revenir, n’est-ce pas elle qui doit donner leur pleine portée théologale aussi bien à l’engagement dans le monde qu’à l’annonce de la foi ? N’y a-t-il pas en effet un risque réel qu’en se détachant de la vie liturgique et sacramentelle, l’annonce du message se transforme en propagande, que l’engagement des chrétiens perde sa saveur propre et que la prière dégénère en évasion ? Mais, s’il importe que la liturgie soit au centre de la vie chrétienne, il importe tout autant de ne pas en faire le tout, car elle y perdrait sa substance. C’est pourquoi, même si nous en parlons en premier lieu, nous ne manquerons pas de la situer par rapport aux deux autres modalités essentielles de la vie ecclésiale. »
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Romano Guardini, « Vom Geist der Liturgie », Fribourg en Brisgau, Herder, in Ecclesia Orans 1, 1918 ; tr. fr. L’esprit de la liturgie, trad. et intr. de Robert d’Harcourt, Plon, s.d., Paris, 1929 (rééd. L’esprit de la liturgie, Parole et Silence, Paris, 2007).
F. Patrick Prétot,
osb Institut supérieur de liturgie, Institut catholique de Paris.
Qu’est-ce que la foi selon l’Apôtre Paul ?
Dans l’Ancien Testament, la foi est présentée comme la relation dialectique de l’homme à Dieu : Dieu s’adresse en premier à l’homme, de manière personnelle, « comme un ami parle à son ami » (Ex 33, 11) et l’homme répond. La foi est cette réponse personnelle que l’homme apporte à l’initiative divine, dans une attitude de confiance absolue, d’abandon et d’engagement total de sa propre réalité existentielle. Si le corpus des écrits constituant l’Ancien Testament ne contient pas de terme équivalent pouvant être traduit par celui de foi, le vocabulaire utilisé dans ces textes est varié et reflète la complexité de l’attitude du croyant. La structure de la conception de la foi vétérotestamentaire montre que celle-ci est avant tout théocentrique et qu’elle est comprise, dans la relation entre l’être humain et Dieu, comme la réaction de l’homme face à l’action de Dieu, ce dernier ayant toujours l’initiative. Cette conception de la foi s’exprime à travers les récits de l’histoire d’Israël et des événements de la vie des grandes figures centrales de cette histoire, comme, par exemple, Abraham considéré par la tradition comme l’homme de la foi par excellence. Avoir foi en Dieu est tout à la fois « croire à la parole », « avoir confiance », « fidélité » et « obéissance ». Cette approche montre que la perception de la foi était le résultat d’une réflexion menée à partir des divers contextes de l’histoire d’Israël, ou à partir de figures construites de personnages, plutôt que d’une construction abstraite et intellectuelle.
Paul, dans sa conception de la foi, reste très discret sur la foi comme réponse libre et gratuite de l’homme à l’initiative divine. Mais il montre, en Romains 4, que la parole de Dieu suscite un croire qui non seulement est un acte mais aussi une prise de position qui définit l’identité du croyant. Or, la théologie paulinienne ne se satisfait pas d’une confession toute formelle. L’analyse des textes montre que la conception paulinienne de la foi est exclusivement un concept sotériologique : la foi est le moyen par lequel tout croyant, sans distinction (Rm 3, 22), reçoit la grâce salvifique de Dieu par l’acceptation de l’Évangile qui proclame que Dieu a ressuscité Jésus d’entre les morts.
Que dit le chapitre 4 de l’Epître aux Romains ?
Paul, en écho à la tradition juive, introduit dans la discussion le premier Patriarche de l’histoire d’Israël comme le paradigme par excellence, pour le peuple Juif, de l’homme justifié. Il utilise à cet effet un moyen efficace, la question rhétorique au verset 1:
Quoi donc dirons-nous (qu’a) trouvé Abraham notre ancêtre selon la chair ?
L’absence de l’infinitif « trouver » dans certains manuscrits soulève des difficultés lexicales, syntactiques, grammaticales et, par conséquent, théologiques. Ces difficultés viennent du fait que le texte grec est irrémédiablement corrompu.
Compte tenu de la remarque qui précède et sans rentrer dans un débat technique, le problème, en Rm 4 XE "Rm 4" , n’est pas de savoir si « nous » avons Abraham comme « père », mais ce qu’a « trouvé » Abraham, notre ancêtre « selon la chair » : il a trouvé la justice, de plus, il a trouvé la justice avant d’être circoncis ; cette justice est associée à une promesse de descendance. L’important, pour Paul, n’est pas qu’il soit notre père, mais qu’il l’ait été avant d’être circoncis. Tout l’enjeu théologique du chapitre se concentre sur cette problématique : Abraham est devenu notre père avant la circoncision (donc sans la Loi) parce qu’il a cru. C’est parce qu’il a été justifié avant la circoncision qu’Abraham va devenir la figure paternelle.
Rm 4, 3-8 : selon les Ecritures
Paul fait usage, dans son argumentation, de deux textes tirés des Écritures : celui de Genèse 15, 6, au verset 3, et celui du Psaume 31, 1-2 selon la Septante, aux versets 7 et 8.
Le texte de Genèse 15, 6 : « Abraham eut foi en Dieu et cela lui fut compté comme justice », est pour Paul le texte de l’Écriture où les mots « foi » et « justification » sont liés dans une relation étroite ; ce texte est fondateur de la théologie paulinienne selon laquelle Dieu justifie par la foi. Il a été justifié parce qu’il a déposé sa confiance en Dieu, avant d’avoir été circoncis et d’avoir observé un quelconque précepte de la Loi. Cet acte de foi ne constitue pas une œuvre méritoire que Dieu récompenserait. La signification de la justification est ici clairement établie. Pour Paul, la justification est cette « creatio ex nihilo » comme la promesse de laquelle elle procède. Si donc Abraham a aussi reçu son identité de père, c’est parce qu’il a eu foi en la promesse. Cet acte est unique, il ne se renouvelle pas. Il est fondateur car il marque la radicalité absolue de l’acte divin. La tradition biblique et juive lit, quant à elle, Gn 15, 6 à la lumière des textes qui insistent sur l’observance de la Loi divine, sur la fidélité du Patriarche dans la tentation et sur le fait que la bénédiction divine est la réponse de Dieu à l’attitude du Patriarche. Dans ces textes, la tradition juive est constante : la justification est obtenue par les mérites et l’acte de croire d’Abraham a été compris par la tradition juive comme une œuvre méritoire. Pour Paul, au contraire, Abraham est clairement le premier croyant, mais pas le premier fidèle observant les préceptes de la Loi.
Pourquoi Paul n’est-il pas sur le registre de la tradition juive ? Il l’explique par la petite parabole du travailleur et du croyant aux versets 4 et 5. Un travailleur, celui qui accomplit des œuvres, perçoit un salaire correspondant au travail qu’il a effectué par sa propre capacité à le réaliser. Le salaire est un dû résultant d’un travail accompli, mais en aucun cas il n’est le résultat d’un acte gratuit. Il ne s’agit pas d’un cadeau, mais d’un droit acquis. L’emploi du verbe « compter, porter au compte de » quelqu’un quelque chose qui ne lui appartient pas en propre, mais qu’il a acquis par son effort personnel, est ici celui dont la signification est issue de la comptabilité commerciale et financière. Le croyant est fondamentalement différent du travailleur. Déjà, il n’est pas à l’ouvrage, donc il n’a pas d’œuvre à faire valoir pour obtenir un « salaire ». Il est celui qui n’attend rien du tout. En d’autres termes, il est celui qui reçoit parce qu’il est saisi par celui qui l’appelle et, en lui, il dépose sa confiance. Or, c’est bien celui-ci, le croyant, que Dieu récompense. Paul a effectué ici, tout en utilisant la même terminologie, plus qu’une transposition sémantique : il est passé du langage financier à une application d’ordre théologique qui a une toute autre signification. Dieu est celui qui justifie celui qui « ne travaille pas », c’est-à-dire, l’impie. C’est ainsi que Paul définit Dieu : il est celui qui justifie l’impie. Cette expression explicite ici clairement la conception paulinienne de la foi. Dans la tradition biblique, Dieu ne justifie pas l’impie, comme le montrent les textes tels que Ex 23, 7 ; Pr 17, 15 et Is 5, 23. Un texte comme Gn 18, 23.25 indique clairement l’opposition d’Abraham à l’idée que Dieu puisse traiter de la même manière l’impie et le juste. Or, c’est bien Abraham, qui n’était pas à l’ouvrage, qui a été reconnu juste parce que « croyant » en la promesse divine.
L’Apôtre va renforcer sa démonstration en s’appuyant sur un autre texte de l’Écriture. Le deuxième texte que Paul cite littéralement, aux versets 7 et 8, comme parole d’Écriture, est le Psaume 31, 1-2, qu’il emprunte aussi à la Septante. Il s’agit d’un poème dominé par le sentiment de soulagement que procure le pardon du péché. La joie du psalmiste, que la tradition identifie au roi David, provient du fait que les « injustices » ont été « pardonnées, enlevées », les « péchés » ont été « remis, recouverts » et parce que, finalement, Dieu n’a pas « retenu, tenu compte » de toutes ces offenses. Paul explicite ici, dans ce contexte de pardon des péchés, le sens de « compter, porter au compte de » et lui donne une coloration théologique dont la signification est très proche de celle de « pardonner » les péchés. Il est intéressant de noter que, contrairement à la pratique du judaïsme, Paul n’a pas eu recours au Psaume 1 qui affirme que le bonheur est pour celui qui observe la Loi.
Ces deux textes lui permettent de démontrer que Dieu justifie, dans deux situations différentes, sans les œuvres de la Loi: l’une concerne Abraham, qui est non juif puisqu’il est en dehors de l’alliance, et l’autre David qui, lui, est dans l’alliance et donc Juif. En effet, au verset 7, Paul, présente David comme celui qui raconte sa propre expérience d’homme pécheur justifié sans œuvres. Mais, contrairement à Abraham qui, au moment de sa justification, n’était pas dans l’alliance, David appartient à la sphère de la Loi, puisqu’il est circoncis. Mais Paul cite un texte, émanant de l’autorité scripturaire, qui présente David comme la figure du pécheur déjà dans l’alliance et capable de conversion sur appel de la parole prophétique (2 S 12, 1 XE "Rm 12, 1" 3). Il a été justifié par Dieu malgré l’« absence d’œuvres » et bien qu’ayant transgressé la Loi. Ce bonheur que chante David présente aussi toutes les composantes de l’acte de foi, car il a eu foi, comme Abraham, en la parole de Dieu et il a été justifié. Par ces deux exemples, Paul montre qu’Abraham et David sont dans la même situation : Abraham a été justifié en Gn 15, 6 avant et indépendamment de la circoncision, situation que Paul considère comme équivalente à celle de David présenté comme pécheur au Ps 31. Dans cette comparaison des deux textes, l’Apôtre montre que ces deux grands personnages de l’histoire d’Israël ne peuvent se prévaloir d’une quelconque œuvre méritoire : au moment où Abraham, l’impie, est justifié, il était comme David, pécheur et sans aucune œuvre bonne à faire valoir.
Rm 4, 9-12 : foi et circoncision
En reprenant le langage de la béatitude au verset 9, Paul élargit le débat : ce bonheur proclamé par le psalmiste s’applique-t-il aux seuls circoncis, c’est-à-dire au peuple Juif, ou bien s’applique-t-il « aussi, également », aux incirconcis ? Paul ne répond pas directement à cette question dans la suite du verset. Il effectue plutôt un déplacement rhétorique en passant à la première personne du pluriel. « Nous disons » introduit la citation de Gn 15, 6 : « la foi d’Abraham lui fut comptée comme justice. » Mais en procédant de la sorte, il montre que le bonheur dont parle David doit être expliqué par la foi, celle qu’avait Abraham avant d’être circoncis. Gn 15, 6 devient ainsi la clé herméneutique qui dévoile la signification du Ps 31, 1-2. Pour répondre à la question du verset 9, Paul en formule une autre, au verset 10, qu’il situe du point de vue de la tradition juive : Abraham a-t-il été justifié du temps où il était circoncis, ou bien quand il était incirconcis ? La réponse, encore une fois, est évidente pour les lecteurs de Paul puisqu’elle fait partie de l’histoire et du vécu de la tradition juive. C’est pour cela que la démarche de Paul est subtile. Il se sert de la technique de la loi d’ancienneté ou de préséance pour montrer que Genèse 15, 6, qui confirme la justification d’Abraham dans son état d’incirconcis, précède, dans l’ordre chronologique des événements rapportés de la vie du premier Patriarche d’Israël, l’œuvre de la circoncision décrite en Genèse 17, 11.
Abraham a d’abord été justifié (verset 10) du temps où il avait le statut d’impie. « Puis », « ensuite », il a reçu la circoncision, selon la tradition juive, vingt-neuf ans après, c’est-à-dire à l’âge de « quatre-vingt-dix-neuf ans » (Gn 17, 1). Paul, en rétablissant la chronologie de la vie d’Abraham, met en lumière une situation paradoxale. Abraham a été justifié sans œuvres, même sans l’œuvre de la circoncision et, néanmoins, pour être dans l’alliance, d’après la tradition juive, il faut être circoncis. Alors, quelle est la nécessité ou l’utilité de la circoncision (Rm 3, 1 XE "Rm 3, 1" ) ? Pour Paul, Abraham a reçu la circoncision comme un signe, comme la marque indiquant que Dieu l’a justifié en tenant compte de sa foi en la promesse divine. La conséquence du déplacement effectué par Paul dans son analyse exégétique a donc conduit à ce que la paternité d’Abraham, cet ancêtre selon la chair pour le peuple Juif, ait été élargie et qu’il soit maintenant appelé, de manière typiquement juive, « notre père Abraham ». En juxtaposant cette expression typique à celle d’Abraham « père des circoncis » et « père des incirconcis », Paul indique clairement qu’Abraham, le père du peuple Juif est devenu le père d’une nombreuse descendance. L’exégèse de Paul se trouve ainsi en droite ligne avec l’Écriture qui met au centre de la figure d’Abraham « la fonction de père inaugurant une histoire qui est celle du salut de toute l’humanité ». Dans le judaïsme, Paul a vu en Abraham « l’ancêtre selon la chair ». Dans les nations, ou dans l’universalisme, il le voit comme le « père » qui appelle l’affiliation et la fraternité. Il est toujours difficile de concevoir une théologie qui ne soit pas historiquement enracinée et motivée par une situation concrète. « On s’est toujours servi de l’histoire d’Abraham pour influencer la situation contemporaine d’une communauté, qu’elle soit juive ou chrétienne. » Paul a donné, par la spiritualisation de la promesse de la descendance, une nouvelle signification à la vie et à la foi d’Abraham.
Rm 4, 13-22 : foi et promesse
Au verset 13, la signification de la promesse de Dieu faite à Abraham est la parole de Dieu qui annonce et qui garantit un don ; la parole est irrévocable (Nb 23, 19) car c’est la puissance de Dieu (Rm 1, 1 XE "Rm 1, 1" 6). Ce n’est pas dans le contexte de la Loi que la promesse a été faite à Abraham et à sa descendance, mais dans celui de la foi. Quel est le contenu de cette promesse ? Son contenu est donné par une affirmation quelque peu insolite, « la promesse (fut faite) à Abraham et à sa descendance d’être l’héritier du monde». Rm 4 XE "Rm 4" , 1 XE "Rm 4, 1" 3 XE "Rm 4, 13" se fait l’écho de Gn 15, 4 XE "Rm 15, 4" , où il est question de l’héritier d’Abraham, texte qui précède Gn 15, 6. Dans la littérature néotestamentaire concernant l’héritier, les trois récits évangéliques, rapportant la parabole des vignerons homicides, désignent le fils comme l’héritier et, en l’occurrence, il s’agit de Jésus. Christ est, pour Paul, le seul héritier et c’est pour cela qu’il christianise la promesse. Paul voit en Abraham le prototype de l’héritier du monde, celui qui, par la foi, a rassemblé tous les croyants avant qu’ils ne soient rassemblés en Christ. Pour Rm 15 XE "Rm 15" , 8, les promesses faites par Dieu aux pères se sont accomplies en Christ. Puisque le vocable héritier comporte une tradition néotestamentaire christologique, et que Rm 4 doit être lu à la lumière des versets 23-25, les faisceaux d’indices sont suffisamment pertinents pour interpréter ce verset 13 à partir de ce point central messianique que constitue le Christ pour Paul. Paul relit dans Rm 4, 13 la promesse de l’héritier et en effectue un déplacement en affirmant qu’elle s’applique non seulement à Christ mais aussi déjà à tous les croyants. Cet élargissement de la promesse, au-delà des descendants charnels d’Abraham, est valable depuis l’origine pour les Juifs et les non juifs puisqu’elle produit ses effets par la foi.
La problématique qui surgit est celle de savoir qui sont les héritiers d’Abraham dont parle Paul. La détermination de la descendance ne peut être obtenue qu’à partir d’un raisonnement porté sur l’enracinement juif de Paul puisqu’il « chemine encore avec les idées du judaïsme ». En se basant sur le texte de Gn 15, 6, Paul pose le principe fondateur selon lequel Abraham reçoit, dans son acte de croire, son identité de père et, par le fait même, il donne une identité à ses descendants. La descendance d’Abraham ne peut donc être que ceux qui, comme lui, croient puisque Dieu n’a pas lié la promesse à la Loi. Cet argumentaire permet à Paul de soutenir l’affirmation selon laquelle l’identité de la descendance d’Abraham avait été décidée avant que La loi soit donnée au Sinaï et que, par conséquent, Abraham est non seulement le père des Juifs mais aussi des non juifs. Si les non juifs venaient à être exclus, Dieu n’aurait pas tenu sa promesse, conformément au principe bien attesté dans l’Ancien Testament selon lequel Dieu réalise toujours ce qu’il a promis.
Au verset 16, Paul réaffirme, dans un style dense et concis sans indication de sujet ni de verbe, la justification par la foi en rappelant à nouveau la gratuité de l’acte de Dieu : c’est par la foi que s’obtient la promesse ; la promesse est donnée par grâce, XE "Rm 3, 24" XE "Rm 4" XE "Rm 4, 4" expression qui correspond à l’acte gratuit de Dieu dans sa réponse à l’acte de foi du croyant. La foi est de l’ordre du don. Et alors que le récit de la Genèse ne parle pas de la grâce, Paul l’introduit dans son récit sur Abraham pour en faire un principe de lecture et en déduire que, en amont de tout le processus de la justification, il y a seulement la grâce. Dans la deuxième partie de ce verset 16, Paul utilise un langage « théologique » pour réinterpréter théologiquement la signification de l’affirmation selon laquelle « Abraham est père de nous tous ». Ainsi, face au problème d’intégration, des communautés judéo-chrétienne et pagano-chrétienne qui se sont divisées, Paul fait en sorte de les enraciner dans la paternité d’Abraham en leur donnant une filiation distincte sur des bases différentes. Ceux qui croient au Dieu qui a ressuscité Jésus de la mort sont à égalité de droits avec ceux qui croient au Dieu qui donne la vie à la mort.
La caractérisation de Dieu comme celui « qui fait vivre les morts et appelle à exister ce qui n’existe pas » au verset 17, apporte la garantie de la capacité de Dieu à accomplir cette promesse. Paul, dans cette définition de Dieu, utilise deux expressions anciennes à la symbolique très forte et qui, ensemble, donnent une composition paulinienne originale :
« Le Dieu qui fait vivre les morts » exprime le pouvoir de Dieu de vivifier les morts, celui du Dieu rédempteur. Le vocabulaire correspond littéralement au texte de la deuxième bénédiction des dix-huit bénédictions de la grande prière juive Shemone Esré :
«Toi, tu es fort … ressuscitant les morts … vivifiant les morts … Béni sois-tu, Y., vivifiant les morts ! ».
« Et appelle à l’existence ce qui n’existe pas » est plus difficile d’interprétation. La plupart des exégètes la comprennent comme décrivant la puissance du Dieu créateur, celle qui permet de créer le monde à partir du néant. Le verbe « appeler » a le sens de cette parole qui ordonne d’exister et qui fait que les choses qui ne sont pas existent. La conjonction « comme » exprime ici la conséquence, c’est parce que Dieu appelle ainsi à l’existence les choses qui n’existent pas, qu’elles sont. La référence à la « creatio ex nihilo » par Dieu, thème familier aux Juifs, est évidente.
Le verset 18 décrit la nature de la foi d’Abraham en réponse à l’action toute puissante de Dieu : « espérant contre toute espérance, il crut, afin de devenir le père de nombreuses nations selon ce qui avait été dit : ainsi sera ta descendance ». Paul explique ce croire ou cette foi que Dieu a reconnu à Abraham comme justification, et qui peut concerner « quiconque croit » (Rm 1, 1 XE "Rm 1, 1" 6). Et pour ce faire, il construit son argumentation en continuant sa lecture de la vie du premier Patriarche sur le modèle des récits des « histoires des miracles ». L’expression rhétorique « espérant contre toute espérance » est une combinaison de deux expressions dont Paul en a fait une seule. Par cette construction, Paul insiste sur le caractère paradoxal de l’espérance : elle est contraire à toute attente humaine; elle ne repose que sur elle-même. Mais la foi d’Abraham prend le caractère de l’espérance parce qu’elle repose sur Dieu.
Au verset 19, Paul décrit en détail la condition physique d’Abraham et de Sarah et montre les difficultés de l’accomplissement de la promesse dans cette situation : « et n’ayant pas faibli dans la foi, il considéra son corps (déjà) mort – il avait environ cent ans – et la nécrose de la matrice de Sarah ». Le fait d’observer attentivement l’état déjà nécrosé de son corps ne fait pas faiblir Abraham dans sa foi ; au contraire, face à cette situation désespérée, il continue d’espérer au-delà de ce que la condition humaine peut espérer. Une telle espérance ne peut être qu’une foi absolue dans le Dieu créateur. En effet, Abraham est le fruit du travail du temps, puisqu’il est âgé d’environ cent ans. Or, dans la défaillance de la réalisation de la promesse, il n’y a pas que le corps nécrosé d’Abraham ; il y a aussi l’utérus nécrosé de Sarah. C’est cette double stérilité qui fait que leurs corps sont morts et sur laquelle Paul insiste.
Le mot foi a une signification traditionnelle dans ce verset XE "Rm 4, 17-21" : celle « d’avoir confiance en Dieu qui accomplira sa promesse ». Il s’agit de son sens général, différent de celui du reste du chapitre où foi est dans un rapport antithétique avec la loi ou les œuvres.
Le verset 20 décrit la deuxième réaction d’Abraham : « face à la promesse de Dieu, il ne douta pas par manque de foi, mais il fut fortifié par la foi, rendant gloire à Dieu ». Il a donné la réponse exigée en pareilles circonstances, une réponse qui englobe la vie tout entière de la personne. Ainsi, après avoir observé son corps (verset précédent), Abraham refuse de ne pas croire, ce qui, compte tenu du sens étymologique du verbe, conduit à penser qu’Abraham aurait pu donner une autre réponse. Mais Abraham n’a pas succombé au doute concernant la promesse. Bien au contraire, il s’est raffermi dans la foi. Et, contrairement à ceux qui « connaissant Dieu, ils ne lui ont rendu ni la gloire ni l’action de grâce qui reviennent à Dieu » (Rm 1, 21 XE "Rm 1, 21" ), Abraham est l’impie qui va vers Dieu et lui rend gloire. Cet hommage a consisté en la réponse d’Abraham, remplie de certitude et dans une absolue confiance, à l’égard de la parole de Dieu. En d’autres termes, Abraham, face à Dieu, a considéré Dieu comme étant Dieu.
Au verset 21 Paul indique qu’Abraham a réagi de cette manière parce qu’il était « fermement convaincu que ce qu’il a promis il est aussi capable de l’accomplir ». L’objet de la profonde conviction d’Abraham est que Dieu a le pouvoir de réaliser ce qu’il a promis, car la parole de Dieu exige accomplissement de sa part. L’objet de la foi d’Abraham est Dieu, ce Dieu qui accomplit ce qu’il promet, et non pas la promesse à proprement parler. Paul dépeint ainsi, en évocation de Rm 4 XE "Rm 4" , 5 XE "Rm 4, 5" , une nouvelle fois Abraham comme celui qui ne travaille pas mais qui croit.
Rm 4, 23-25 : l’actualisation christologique
Les versets 23 à 25 constituent la conclusion du raisonnement rabbinique auquel Paul vient de se livrer. Paul exprime, en des termes solennels, sa vision du récit de Gn 15, 6, portant sur la foi comptée à Abraham. Il explicite l’actualisation christologique à la lumière de laquelle l’histoire d’Abraham doit être lue.
Paul commence par rappeler, au verset 23, que ce qui a été écrit ne l’a pas été seulement dans un intérêt historique, et que son exposé n’est pas un « exercice académique », mais que l’histoire d’Abraham a aussi une application immédiate pour les croyants des générations présentes. Ce n’est plus seulement un individu, « lui », mais un collectif, « nous », qui se trouve concerné par l’actualité de l’Écriture. Il s’agit d’un nous « ecclésial » qui comprend les générations actuelles de juifs convertis et de non juifs venus du paganisme. Les croyants sont, au verset 24, ceux qui croient en « Celui qui a ressuscité d’entre les morts Jésus notre Seigneur », affirmation qui se fait l’écho des formules de foi primitives. Tel est le contenu même de la foi chrétienne proclamé en Rm 10, 9 XE "Rm 10, 9" : « si, par ta bouche, tu confesses que Jésus est Seigneur et si dans ton cœur tu crois que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé ».
Les lecteurs de Paul sont invités à croire sans défaillance, comme jadis Abraham a cru en Dieu, que Dieu a ressuscité Jésus. Ainsi, le verset 17 définit spécifiquement la foi d’Abraham comme prototype de celle de tous ses descendants croyants du verset 24. Mais si Abraham a cru, contre toute espérance, en la capacité de Dieu à accomplir sa promesse, le chrétien croit en un fait déjà accompli par Dieu. La foi, celle d’Abraham ou celle du croyant actuel, a pour objet le même Dieu : le « seul Dieu » qui justifie les circoncis et les incirconcis (Rm 3, 3 XE "Rm 3, 3" 0 XE "Rm 3, 30" ), le Dieu qui justifie « l’impie » (Rm 4 XE "Rm 4" , 5 XE "Rm 4, 5" ) et le Dieu « qui fait vivre les morts et appelle à l’existence ce qui n’existe pas » (Rm 4, 1 XE "Rm 4, 1" 7).
Le verset 25 éclaire le verset 24 par une formule christologique primitive, qui revêt la forme d’un ancien credo résumant l’Évangile : Christ est mort et a été ressuscité et a été relevé pour notre justification. Ce qui a conduit Jésus à la mort, ce sont nos péchés (Rm 4 XE "Rm 4" , 2 XE "Rm 4, 2" 5a XE "Rm 4, 25a" ) ; c’est sa résurrection qui a conduit à notre acquittement (Rm 4, 25b XE "Rm 4, 25b" ).
La confession de foi au verset 25, selon laquelle Jésus a été livré et a été ressuscité par Dieu, confirme celle du verset 24 qui proclame que nous croyons en Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts. Ces deux affirmations rejoignent celle du verset 17 où Abraham croit au Dieu qui donne vie aux morts. Par conséquent, il y a identité entre la foi d’Abraham et celle des croyants. Ces trois affirmations ont la même signification : c’est l’acte créateur gratuit de Dieu qui donne la vie. Mais elles ne sont pas identiques car, cet acte créateur de Dieu, Paul l’appréhende sous l’angle de l’événement Jésus mort et ressuscité par Dieu. Pour Paul, le Dieu des croyants chrétiens est identifié à travers ce « caractère spécifique » qui fait qu’il est connu comme celui qui a ressuscité Jésus. Maintenant, Dieu est le Dieu de Jésus ; le Dieu qui l’a relevé des morts. Paul, à partir du langage traditionnel de la foi utilisé aux versets 17-21, change ici la signification du contenu du terme foi. Le contenu de la foi d’Abraham était de croire que Dieu accomplirait la promesse, qu’il lui avait faite, de devenir père d’une multitude de nations ; de croire que Dieu est tout puissant au point de pouvoir donner la vie à partir de deux corps desséchés. Paul s’est approprié ce terme traditionnel foi, commun aux juifs et aux chrétiens, mais il le qualifie maintenant de foi au Dieu qui a ressuscité Jésus des morts. Il s’agit du même Dieu et de la même foi au même Dieu, mais, pour la foi chrétienne, la toute-puissance de Dieu est identifiée à travers l’événement de la mort et de la résurrection de Jésus.
Conclusion
Chez Paul, comme dans l’Ancien Testament, la foi est la réaction de l’homme face à l’action de Dieu. Dans Rm 4 XE "Rm 4" , la foi d’Abraham est, selon Gn 15, 6, la réponse qu’il a donnée à la parole de Dieu, qui lui promettait d’être le père de nombreuses nations. En réponse, le Patriarche manifeste une confiance absolue par rapport à la garantie de sa réalisation. La conception paulinienne de la foi et celle de l’Ancien Testament sont équivalentes en ce qui concerne le vocabulaire : elles parlent toutes les deux de l’agir de Dieu, le Dieu unique qui seul justifie. Néanmoins, la conception paulinienne de la foi comporte une tonalité nouvelle du fait qu’elle est essentiellement déterminée par référence à une donnée radicalement neuve, celle de l’événement du Christ. Paul associe la foi juive à l’action de Dieu en Abraham et la foi au Christ à l’acceptation de la Parole dans l’Évangile, pour récréer l’unicité de la foi par l’intermédiaire du Christ et par la même occasion l’unité des croyants.
Dans Rm 4 XE "Rm 4" , Paul met en scène Abraham, parce qu’il est à ses yeux le croyant par excellence, et revisite ce récit de l’histoire du premier Patriarche d’Israël à la lumière de sa seule foi en un seul Dieu, et non plus par sa justification à travers les œuvres de la Loi mosaïque. En procédant de la sorte, Paul infléchit radicalement la position juive en opposant fortement la foi et les œuvres. Il se base, pour ce faire, sur une herméneutique érudite du texte de Gn 15, 6, tout en incorporant aussi une série d’autres termes tirés de Gn 15. Néanmoins, Paul utilise ces textes d’une manière différente de celle de l’exégèse juive contemporaine, pour démontrer qu’Abraham a été justifié par la foi, en dehors des œuvres, du temps où il était impie, car non circoncis (Gn 17, 10-14), ce qui conduit à un raisonnement cohérent dans sa démonstration du point de vue diachronique, puisque Abraham a été circoncis après son acte de foi. Et Paul centre son argumentation sur le fait que la promesse faite à Abraham par Dieu en Gn 17, 5, à savoir qu’il sera le père d’une multitude de nations, était le point central de sa foi ; car Abraham a cru à cette parole de Dieu et s’en est remis totalement à elle au point de tout attendre d’elle et d’elle seule. Cette centralité de la foi d’Abraham, Paul la renforce pour présenter le premier Patriarche comme le modèle du croyant. Il décrit l’acte de foi d’Abraham en donnant les définitions suivantes de Dieu, qui sont autant de contenus de la foi, constitutives de l’acte de foi du croyant. Ainsi, la foi est croire au :
- Dieu qui justifie l’impie (Rm 4 XE "Rm 4" , 5 XE "Rm 4, 5" ).
- Dieu qui fait vivre les morts et appelle à l’existence ce qui n’existe pas (Rm 4 XE "Rm 4" , 1 XE "Rm 4, 1" 7).
- Dieu qui a le pouvoir d’accomplir ses promesses (Rm 4 XE "Rm 4" , 2 XE "Rm 4, 2" 1 XE "Rm 4, 21" ), même quand la situation personnelle est irrémédiablement désespérée.
- Dieu qui a ressuscité Jésus d’entre les morts (Rm 4 XE "Rm 4" , 2 XE "Rm 4, 2" 4 XE "Rm 4, 24" ). C’est conformément aux Écritures que Jésus est ressuscité (1 Co 1 XE "1 Co 1" 5, 4 XE "1 Co 15, 4" ). Pour Paul, tout l’Ancien Testament porte témoignage que Dieu se révèle en Christ et que tout le langage sur Dieu doit être considéré à la lumière de la mort et de la résurrection du Christ parce que la foi valide la Loi (Rm 3, 3 XE "Rm 3, 3" 1 XE "Rm 3, 31" ).
C’est la lecture de cette foi d’Abraham qui permet à Paul, à la lumière de l’événement Christ, de considérer Abraham comme l’ancêtre de tous les croyants, des Juifs et des non juifs. Il peut ainsi donner une identité, à travers la paternité d’Abraham, à la jeune communauté naissante et l’appeler à l’union pour « vivre en bon accord les uns avec les autres » (Rm 15 XE "Rm 15" , 5 XE "Rm 15, 5" ) dans la foi. S’il est important d’identifier dans quel sens la compréhension paulinienne de la foi est foi en Christ, il est tout aussi important de noter que Rm 4 n’insiste pas seulement sur la définition de la foi d’Abraham mais aussi sur la façon dont cette foi est témoignage de la foi en Christ et, par conséquent, sur le fait que la foi d’Abraham est typologiquement la foi du croyant actuel. La foi, pour Paul, est bien cette libre réponse de l’homme à la parole de Dieu, à l’action de ce Dieu qui a ressuscité Jésus notre Seigneur d’entre les morts (Rm 4, 2 XE "Rm 4, 2" 4 XE "Rm 4, 24" ).
Dans la conception paulinienne de la foi, la réponse du croyant actuel à l’initiative de Dieu est l’accueil de l’Évangile qui proclame que Jésus a été ressuscité par Dieu et qu’il est notre Seigneur. La foi est l’écoute de cette parole qui rend présent le mystère de Dieu et le lieu où le croyant abandonne sa vie dans l’absolue confiance de l’espérance que la promesse se réalisera. Les croyants sont les descendants d’Abraham qui, comme lui, répondent à l’initiative d’amour de Dieu en confessant que Dieu a opéré notre rédemption en Jésus Christ, celui-ci étant la réalité centrale du plan salvifique de Dieu.
Ainsi, par exemple : Gn 45, 26 ; Ex 4, 1.8 ; 1 R 10, 7 ; Ps 106, 12.14. Croire en Dieu signifie le reconnaître comme tel, être dans une relation exclusive avec lui: Nb 20, 12 ; Ps 78, 32. Dt 6, 5 décrit ce que doit être l’attitude de la foi.
Ainsi, par exemple : Gn 15, 6 ; Dt 1, 32 ; Ne 9, 8. Cette foi en Dieu est fondée sur ce que Dieu a accompli dans le passé, ce qui suppose une fidélité réciproque et la conviction que Dieu réalisera ce qu’il a promis. Le Ps 78, 8.37, montre l’attitude d’Israël, dans son manque de fidélité, face à l’exigence divine.
Ainsi, par exemple : Dt 7, 9, Dieu est fidèle parce qu’il conserve l’alliance ; Ps 111, 7 ; Ps 19, 8 ; 1 R 8, 26.
Ex 14, 1 XE "Rm 14, 1" 4 XE "2 Co 14, 14" ; Jos 24, 14 XE "Ac 24, 14" ; 2 Ch 19, 9 ; Ps 86, 11. Dans la littérature rabbinique, la foi est considérée comme obéissance à la loi.
Les Psaumes et le prophète Isaïe me paraissent confirmer ces propos. Il conviendrait d’ajouter, à cette conception de la foi, l’attente du Messie dont les textes suivants, par exemple, se font l’écho : 1 S 2, 35 ; Is 11, 5 ; 16, 5 ; 42, 3 ; Ps 89.
Si 44, 20 ; Gn 26, 5 ; Sg 10, 5 XE "Rm 10, 5" ; 1 M 2, 52; Jub 16, 28 ; 19, 8-9 ; 23, 9-10 ; 24, 11 ; Écrit de Damas 3, 2-4 ; 2 Ap Ba 57, 1-2.
Gn 17, 22 ; 1 M 2, 52 ; Si 44, 19-20 ; Sg 10, 5 XE "Rm 10, 5" ; Jdt 5, 5 XE "Ga 5, 5" ; 8, 25 ; Tb 4, 21 ; 2 Ba 57, 2 ; 4 M 16, 9 XE "Ap 16, 9" ; Jub 17, 17 ; 23, 10 ; 24, 11. Voir aussi Abr 262 à 276, où, en Abraham, foi et loi se confondent.
Mekilta sur Ex 14, 31 ; le Targum Onkelos et celui de Jérusalem lisent « mérite » au lieu de « justice » soit dans Gen 15, 6 soit dans Ps 105, 31.
La Septante insiste sur la valeur de « salaire du travailleur » et accentue le caractère moral de « dû en justice ». Il est opposé à l’ « acte gratuit » : Gn 29, 15 ; 30, 28.32.33 ; 31, 7.8.41. Il compense l’effort : Tb 2, 14 ; 5, 3 XE "Rm 5, 3" ; 12, 1 XE "Rm 12, 1" ; Qo 4, 9 ; Sg 10, 17. Il est le prix de la chose convenue : 2 Ch 15, 7 ; Jr 31, 16 et du service rendu : Dt 15, 18 XE "Rm 15, 18" dont le montant a été convenu : Ex 2, 9 XE "Col 2, 9" XE "Rm 2, 9" ; 1 R 5, 20 ; Tb 5, 14-15. Il doit être versé : Jr 22, 13, Ml 3, 5 ; Si 34, 22 ; Lv 19, 13 ; Tb 4, 14 XE "2 Co 4, 14" ; Dt 24, 14 XE "Ac 24, 14" -15, car c’est grâce à lui que l’on peut se nourrir et prendre du repos : Si 11, 18.
A noter 4 Esd 8, 31-36.
Il est à noter, toutefois, que la phrase « sans les œuvres », placée avant la citation du Psaume et à la fin de la phrase introductive, ne fait pas partie du Psaume cité par Paul.
2 Bar 78, 4 ; 4 Bar 4, 10 XE "Ac 4, 10" XE "1 Jn 4, 10" ; Psaumes de Salomon 9, 9-10 ; Flavius Josèphe, Antiquités Juives 11, 169 ; 14, 255 ; Pseudo Philon 23, 4 ; 32, 1.
E. JACOB, « Abraham et sa signification pour la foi chrétienne », RHPhR 42, 1962, p. 154.
H. MOXNES, Theology in Conflict. Studies in Paul Understanding of God in Romans, Leiden, Brill, « NT.S 53 », 1980, p. 129.
Mt 21, 33-46 XE "Mt 21, 33-46" ; Mc 12, 1-12 XE "Mc 12, 1-12" ; Lc 20, 9-19 XE "Lc 20, 9-19" attestent bien que le fils est l’héritier.
J.-N. ALETTI, « Rétribution et jugement de Dieu en Rm 1-3 XE "Rm 1-3" » dans Collectif, Le jugement dans l’Un et l’Autre Testament II. Mélanges offerts à Jacques Schlosser, Paris, Éd. Cerf, « LeDiv 198 », 2004, p. 324.
Ainsi dans Dt 32, 39 ; 1 S 2, 6 ; 2 R 5, 7 ; Ps 70, 20 ; Dn 12, 2 ; Tb 13, 2 ; Sg 16, 13 ; 2 M 7, 23 ; Joseph et Aseneth 20, 7.
Ou convoquer, comme en Is 40, 26.
Par exemple : Ps 33, 6 ; 147, 15-20 ; 148, 5 ; Am 5, 8. Le sens simple du mot est « inviter à paraître ».
Cette notion a parfois subi quelques influences : dans Sg 11, 17 : création du monde à partir d’une matière informe (expression empruntée probablement à la philosophie grecque) ; 2 M 7, 28 : Dieu a créé de rien (probablement en réaction à la philosophie grecque).
Ainsi en Is 42, 5 ; 45, 12 ; 48, 13 ; Sg 11, 25 ; 2 M 7, 23.28.29 ; 2 Ba 21, 4 ; 48, 8 ; Philon, Specialibus Legibus, 4.187 avec des termes presqu’identiques ; De Oficio Mundi, 81 ; Legum Allegorie, 3.10.
Dans le récit de Gn 17, 1, Abraham a quatre-vingt-dix-neuf ans et cent ans en Gn 17, 17 et 21, 5. C’est le récit de Gn 17, 1-21 qui sert d’arrière fond au récit de Paul dans l’histoire d’Abraham et Sarah.
Paul, en disant qu’Abraham n’a pas faibli dans sa foi, se fait l’écho de la réaction d’Abraham en Gn 17, 17 : « Abraham se jeta face contre terre et il rit ; il se dit en lui-même : « un enfant naîtrait-il à un homme de cent ans ? Ou Sarah avec ses quatre-vingt-dix ans pourrait-elle enfanter ? ».
Is 55, 8-11 ; Jr 28 ; Ps 33, 9.
Dans Rm 15 XE "Rm 15" , 4 XE "Rm 15, 4" ; 1 Co 9, 10 XE "1 Co 9, 10" ; 10, 11 XE "Rm 10, 11" XE "1 Co 10, 11" ; 2 Tm 3, 16 XE "2 Tm 3, 16" Paul donne aux croyants le sens actuel des récits de l’Ancien Testament. Le Ps 78, 1-7 pourrait attester que ce principe ne devait pas être étranger aux destinataires de Paul. Dans Abr 4, on lit une actualisation similaire à propos d’Abraham « dont les vertus sont consignées dans les saintes écritures pour leur illustration, mais aussi afin de stimuler les lecteurs et de les induire au même zèle ».
La même exhortation, en termes un peu différents, en Rm 15 XE "Rm 15" , 7 XE "Rm 15, 7" : « accueillez-vous les uns les autres ».
En Rm 4 XE "Rm 4" , 2 XE "Rm 4, 2" 4 XE "Rm 4, 24" , l’objet de la foi n’est pas le Christ mais Celui qui a ressuscité le Christ. Il ne s’agit pas d’un autre Dieu que celui auquel Abraham a cru.
